Hemispheres

  • Voici le premier ouvrage en langue française consacré au cinéma d´Ang Lee. Né (en 1954) sur une petite île de la mer de Chine, le réalisateur taïwanais a investi la forteresse hollywoodienne après une longue traversée du désert. Inclassable, à l´aise dans tous les genres, le cinéaste a multiplié les grands écarts, de sa première trilogie entre l´Orient et l´Occident aux adaptations de chefs-d´oeuvre de la littérature (Raison et Sentiments), jusqu´à l´explosion internationale avec Tigre et Dragon, date-clé dans l´histoire du film d´arts martiaux. Brokeback Mountain, à la fois western mélancolique et romance homosexuelle, lui vaut l´Oscar du meilleur réalisateur. Depuis sa bouleversante Odyssée de Pi en 2012, il s´est lancé à corps perdu dans les innovations technologiques. Mais derrière cette plasticité se cache un fil conducteur : le combat de personnages en marge, désireux de briser les carcans et d´affirmer leur humanité.

  • Lorsque Bernardo Bertolucci tourne quelques scènes de son Novecento à Cinecittà, peut-être rencontre-t-il Federico Fellini qui, de son côté, y termine son Casanova, et lui présente-t-il Gérard Depardieu et Robert de Niro. Il vient à l´esprit de Fellini de tourner une vie du célèbre peintre lombard, Le Caravage, et il propose à Depardieu de faire des essais pour le rôle-titre. Enthousiasmé, ce dernier s´installe quelque temps à Rome pour mieux entrer dans la peau du personnage. Le voici déambulant sur les traces du peintre, contemplant ses oeuvres dans des églises baroques magnifiques, s´entraînant à peindre fleurs et fruits comme le maître, qui s´en était fait à ses débuts une spécialité. Bien sûr, tout cela est presque imaginaire : une rêverie. Mais une rêverie passionnante mettant en scène la rencontre de ces trois génies et revisitant à la fois la façon dont travaillait Fellini à Cinecittà, l´affirmation du talent du jeune Depardieu et la vie et l´oeuvre du Caravage.

  • La musique est un élément majeur du cinéma, elle participe de la réussite ou de l'échec d'un film et concerne tous les postes, du scénario au montage en passant par la mise en scène.
    Elle contribue à susciter des émotions, à créer des ponts avec l'image ou à instaurer un chemin parallèle. Le compositeur est au service du réalisateur pour créer le meilleur film possible.
    La musique de film refuse le dogmatisme et se nourrit de doutes et de discussions. Si une partition parvient à toucher le spectateur, le cinéaste y a sa part, les propos recueillis dans cet ouvrage en témoignent. En somme, il s'agit d'apprendre à communiquer, à transmettre ses émotions, à interpréter les idées d'autrui, à se méfier de convictions trop rigides.
    Aussi cet ouvrage peut-il être considéré comme un guide qui donne des clefs pour une collaboration efficace et pour la compréhension des besoins musicaux d'un film. Fruit de l'interview de dizaines de compositeurs et réalisateurs (avec leur court portrait en annexe), on y lira les propos de Vladimir Cosma, Warren Ellis, Maurice Jarre, Michel Legrand, Jacques Perrin, Cédric Klapisch, Michel Portal...
    Parmi les questions abordées : pour un réalisateur, quel compositeur choisir, et comment ? Un compositeur de cinéma est-il un caméléon ? Un choix instrumental doit-il toujours être justifié par l'image ? La musique est-elle toujours nécessaire ? Comment la musique contribue-t-elle à raconter l'histoire du film ? Le compositeur doit-il assister au mixage...

  • La découverte en Occident des cinémas de Chine, de Hong Kong et de Taiwan a marqué les esprits : mise en scène de l'opéra de Pékin et des arts martiaux (King Hu), imaginaire débridé mâtiné de mythologie (Tsui Hark), poésie contemplative (Hou Hsiao-hsien), polar désenchanté (John Woo), peinture de l'Histoire et enregistrement des mutations contemporaines (Jia Zhangke, Wang Bing), etc. La créativité bouillonnante des cinémas chinois donne à voir des représentations du monde singulières, tour à tour chaotiques, lyriques ou réalistes. Si les événements politiques ont pu séparer la Chine continentale des îles de Hong Kong et de Taiwan, leurs cinémas n'ont jamais cessé de dialoguer sur un plan à la fois formel, thématique ou philosophique.
    Premier dictionnaire français intégralement dédié aux cinémas chinois, hongkongais et taiwanais, cet ouvrage propose des analyses d'oeuvres parfois inédites dans l'Hexagone, des biographies de personnalités marquantes et des études historiques et esthétiques originales et approfondies.

    Avec des articles de Ghislain Benhessa, Nathalie Bittinger, Sylvain Chavarybeyre, Antoine Coppola, Roger Darrobers, Christophe Falin, Jean-Michel Frodon, Wafa Ghermani, Chih-ching Gesse, Lee Heeseung, Anne Kerlan, Angel Leung, Flora Lichaa, Liu Yunzhou, Luisa Prudentino, Raphaël Szöllösy.

  • Comme l'a écrit Bertrand Tavernier, les films de Quentin Tarantino sont « extrêmement bien pensés et réalisés ». Quelles sont les clés de ce que Tarantino appelle lui-même son « esthétique globale » ? C'est le propos de ce livre.

    Cette esthétique est indissociable d'un rapport constant avec le regard du public : celui-ci n'est jamais réduit par Tarantino à une consommation passive, mais constitue un vecteur de la création du film. Autre principe : Tarantino non seulement filme les images montrées, mais il leur surajoute une ou des indication(s) de ce qu'elles montrent et de ce qu'il y a à voir. Il ne cesse en fait de révéler au public que les images regardées sont du cinéma. Du coup, il crée un cinéma plus vrai que toute forme de mise en scène qui s'effacerait afin de faire croire à la réalité du récit porté à l'écran.
    Quentin Tarantino multiplie les références cinématographiques, musicales, textuelles. Ce faisant, il fait accéder le spectateur à ce qu'il appelle le « monde-du-cinéma ». Comme si chaque image renvoyait à d'autres images. Autrement dit, nous ne voyons jamais la réalité, mais toujours une image de celle-ci.
    Le « miracle tarantinien » est que cette réflexion - que l'on attendrait davantage d'un cinéma expérimental - a lieu à travers des oeuvres « grand public ». La raison en est que Quentin Tarantino est un fabuleux conteur d'histoires, en mots et en images. Ses récits de vengeance et d'amour reprennent les archétypes de ce type d'aventures, mais selon des procédés dramaturgiques et techniques qui ne cessent de mobiliser une autre dimension majeure de son esthétique : la surprise.

  • Instants critiques

    Alain Riou

    « En l'an 2000, une violente guerre éclata entre les cinéastes, qui se plaignaient d'être maltraités, et les critiques.
    Je travaillais à cette époque tous les matins avec Philippe de Broca comme scénariste, et tous les après-midis au Nouvel Observateur, comme journaliste de cinéma. Spontanément, dans cette querelle, j'ai pris le parti des critiques, parce qu'en dépit de l'opinion répandue, nous passons beaucoup plus de temps à défendre les films qu'à les attaquer.
    Pourtant, le ressenti des cinéastes n'est pas toujours injuste. Il existe entre les deux camps une fracture peut-être irréparable, les cinéastes agissant plutôt en saltimbanques et les critiques en professeurs. Méfiance à l'égard du succès, mépris pour le cinéma populaire, surestimation des films difficiles au détriment des films difficiles à faire, trop superbe ignorance des contraintes matérielles, tendance à la pensée unique : tels sont les défauts auxquels nous autres juges sommes tentés de succomber, et qui méritent ce qu'il faut bien appeler une autocritique des critiques. »

  • A la base de cet ouvrage, des « pamphlets » écrits par Charlie Van Damme. Il y questionne le travail de l'image et les structures de production cinématographiques dans leurs implications sociétales au sens le plus large. Les textes ici rassemblés sont prolongés de réflexions, textes de tiers dont il se sent proche, leçons tirées de ses propres expériences vécues lors de tournages et de sa pratique de l'enseignement.
    « Cet ouvrage, explique l'auteur, je l'ai écrit non pas comme un politologue, un philosophe ou un théoricien du cinéma pourraient le faire, mais en citoyen, à partir de ma trajectoire de cinéaste et d'enseignant. Il n'est ni nostalgique ni rétrospectif, mais ancré dans le présent et tourné vers l'avenir. Une incitation à ne pas baisser les bras.
    Il est l'expression d'un credo : le cinéma n'est pas que «divertissement» ; il peut participer, aux côtés des autres arts et de la philosophie, à rapprocher les humains de par le monde. J'y questionne la place de nos métiers dans ses dimensions culturelles et artistiques, mais aussi éthiques, civilisationnelles, économiques, voire politiques. »

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