Berlin le dimanche : quand la plupart dorment, d'autres se lèvent aux aurores pour se rendre à « la messe », donner leur corps à la danse. C'est vers le Berghain qu'ils convergent, une ancienne centrale électrique de Berlin-Est transformée en club techno.
Mais par-delà les fantasmes et les rumeurs de débauche, que nous apprend ce club sur notre rapport au corps ? Ces longues files ne cachent-elles pas un besoin de hors-lieux dans un monde ultranormé ? Cette réflexion sur les pratiques corporelles en milieu techno s'appuie sur trois ans de plongée ethnographique au sein d'une scène qui semble cultiver jusqu'à l'épuisement l'extase dionysiaque.
Jean Rouch est né en 1917 et est mort en février 2004 à l'âge de 86 ans. Il est considéré comme un des principaux réalisateurs de la Nouvelle vague et comme une des principales figures du cinéma ethnographique. L'intérêt public pour son oeuvre prend la forme d'une véritable « Rouchomania » qu'un test simple permet de mesurer : en faisant une recherche Google et en entrant simplement son nom, vous recevrez, en juin 2007, 214.000 réponses. À la fin des années 40, il introduisit en anthropologie le film 16 mm. Son oeuvre, impossible à résumer -130 films, 50 ans de carrière -, est protéiforme, abondante et foisonnante. Ce livre s'organise en trois temps : la vie et l'oeuvre de Jean Rouch, son apport au cinéma et son apport à l'anthropologie. Jean Rouch se hissa à l'avant-garde du cinéma dès ses premiers coups d'essai. L'Initiation à la danse des possédés obtint en 1949 le Grand Prix au premier Festival International du Film Maudit de Biarritz, créé par Henri Langlois. À la fin des années cinquante, les récompenses ne cessèrent de pleuvoir : avec Circoncision, Les Maîtres fous, Moi un Noir, Chronique d'un été, Rose et Landry, La Chasse au lion à l'arc, etc. Pour évoquer la chorégraphie du cinéaste évoluant la caméra à l'épaule au milieu d'un rituel africain, il n'hésitait pas à recourir à la métaphore du jazz. Lorsque le cinéaste met en scène la réalité, lorsqu'il improvise ses cadrages, ses mouvements, ses temps de tournage, il fait des choix subjectifs dont la seule clef est son inspiration. Le chef-d'oeuvre est atteint quand cette inspiration est à l'unisson de l'inspiration collective, « mais cela est si rare (...) que je ne peux la comparer qu'à ces moments exceptionnels d'une Jam session entre le piano de Duke Ellington et la trompette de Louis Amstrong ». La troisième partie de cet ouvrage concerne l'apport de Rouch à l'anthropologie.