Revue Eclipses

  • De «L'Enfance nue» (1968) à «Van Gogh» (1991), et de «Loulou» (1980) à «Police» (1985), en passant par «À nos amours» (1983) ou «Sous le soleil de Satan» (1987), les dix longs métrages réalisés par Maurice Pialat constituent l'une des oeuvres les plus marquantes du cinéma français de la seconde moitié du 20e siècle.

    Pialat a construit une oeuvre unique, irréductible et entière, qui ne cesse de surprendre. Ce 58ème volume de la revue Éclipses revient sur la totalité de sa filmographie.

  • Fer de lance du renouveau cinématographique tchèque dans les années 60, Miloš FORMAN rencontre très vite une véritable consécration internationale, décuplée par son exil volontaire aux États-Unis en 1969. Enracinés dans le présent de l'époque, ses premiers films (L'As de Pique, 1963 ; Les Amours d'une blonde, 1965 ; Au feu, les pompiers !, 1967) apparaissent comme autant de bouffées de fraîcheur et de jeunesse, où souffle un air de liberté contagieux qui annonce le Printemps de Prague. La suite de sa carrière est jalonnée de titres particulièrement marquants (Vol au-dessus d'un nid de coucou, 1975 ; Hair, 1979 ; Amadeus, 1984 ; Man on the Moon, 1999) et regorge d'authentiques pépites qui imposent une réévaluation urgente (Ragtime, 1981 ; Valmont, 1989 ; Les Fantômes de Goya, 2006).

    D'un film à l'autre, à Prague comme à Hollywood, l'oeuvre de Miloš FORMAN cultive le même art de la fronde, qui consiste en une série de portraits subtilement satiriques du monde et de ses bouleversements. Ce volume d'Éclipses revient sur la totalité de la filmographie du cinéaste.

  • Numéro consacré au cinéma de W. Wenders. Les contributions retracent sa carrière à travers l'analyse des oeuvres qui l'ont marquée, explorent les thèmes qui la traversent, ainsi que la multiplicité des centres d'intérêt du cinéaste (la musique, la photographie, la danse, etc.).

  • Né à Téhéran en 1940, le cinéaste iranien Abbas Kiarostami a fondé en 1969 le département cinéma de l'institut pour le développement intellectuel des enfants et des jeunes adultes (le kanoun), pour lequel il tourne son premier court-métrage, Le Pain et la rue en 1970. Jusqu'en 1992, il signera près d'une vingtaine de films (de tous formats) pour cette institution qui sera à l'origine de la nouvelle vague iranienne. Après son premier long métrage, Le Passager (1974), il sera surtout remarqué pour sa trilogie : Où est la maison de mon ami ? (1987), Et la vie continue (1991) et Au travers des oliviers (1994), qui lui apporte une reconnaissance internationale confirmée par ses deux films suivants (Le Goût de la cerise, 1997 ; Le Vent nous emportera, 1999) L'oeuvre de ce réalisateur curieux et inventif connait ensuite un autre tournant décisif lorsqu'il découvre les petites caméras DV, qui autorisent une proximité de plus en plus grande avec le réel (ABC Africa, 2001) et notamment les personnages féminins (Ten, 2002).

    Cinéaste universel, Kiarostami est aussi fondamentalement iranien par son approche de l'art dans laquelle la connaissance consiste en un dévoilement du sens symbolique, au-delà des formes matérielles.

    Abbas Kiarostami est décédé le 4 juillet 2016 à Paris. Ce volume d'Éclipses constitue un hommage modeste mais sincère à son oeuvre immense.

  • Isao TAKAHATA est régulièrement considéré comme l'un des réalisateurs d'animation les plus hétéroclites de toute l'histoire du 7e art. Ne dessinant pas ses films, il confie cette tâche a` des collaborateurs qui, d'un projet a` l'autre, sont susceptibles de changer. Des formes rondes et colorées de ses séries télévisées des années 70 (Heidi, Marco, Anne...) au style épuré de Mes voisins les Yamada (1999) et du Conte de la princesse Kaguya (2013) en passant par les nombreuses déformations visuelles à l'oeuvre dans Pompoko (1994), la grande diversité´ graphique de son oeuvre qui en résulte permet ainsi a` Takahata de maintenir son statut de cinéaste inclassable.

    Sa volonté de s'approcher au mieux du réel par le dessin, en outre, et ainsi que le démontrent notamment Hols, prince du soleil (1968), Le Tombeau des lucioles (1988) ou Souvenirs goutte à goutte (1991), l'éloigne considérablement des standards de l'animation. Cette approche du réel n'invalide pas pour autant la possibilité´ du fantastique, de l'onirisme et de la poésie - d'ou` le recours au dessin -, qui s'invitent régulièrement dans la vie et l'habitat quotidiens des personnages, ainsi que cela arrive par exemple aux héros de Panda petit panda (1972-1973), Kié la petite peste (1981) et Gauche le violoncelliste (1982). Ces derniers voient ainsi frapper a` leur porte la possibilité d'une nouvelle histoire, de la même façon que le spectateur voit son environnement pénétré par la magie de films qu'il n'est pas près d'oublier.

  • Cinéaste visuel fasciné par les mythes, l'imaginaire et les rêves, John Boorman s'est brillamment illustré dans les genres cinématographiques les plus divers : le film noir (Le Point de non-retour, 1967), le survival (Délivrance, 1972), la science-fiction (Zardoz, 1974), le fantastique (L'Exorciste 2 : l'hérétique, 1977), la fantasy (Excalibur, 1981), le film d'aventures (La Forêt d'émeraude, 1985), le film d'espionnage (Le Tailleur de Panama, 2001).

    Mais si varié que soit le cadre des intrigues, l'action engagée relève invariablement du domaine de la quête. Chaque film de Boorman est en effet l'histoire d'un périple accompli par un héros qui, à la suite d'une série de passages et d'épreuves, se trouve changé. Comme chez Jung, dont l'influence est fondamentale, le héros symbolise l'élan évolutif, la puissance de l'esprit, et sa première victoire - parfois la seule - est celle qu'il remporte sur lui-même.

    A l'heure où John Boorman annonce lui-même que Queen and Country (2015) sera son dernier long métrage de cinéma, ce 55ème volume d'Eclipses éclaire les principales lignes de force d'une oeuvre marquante, riche et singulière.

  • James GRAY a réalisé à ce jour 5 longs métrages seulement en presque 20 ans de carrière. Si l'on en juge par ses films, il est évident que le cinéaste préfère la précision à la profusion : de Little Odessa (1994) à The Immigrant (2013), en passant par The Yards (2000), La Nuit nous appartient (2007) et Two Lovers (2008), on retrouve la même épure narrative caractéristique, la même densité dramatique constamment soutenue par une mise en scène soucieuse de ses moindres effets, à la fois discrète, subtile et élégante. Autant de traits distinctifs qui ont souvent valu au cinéaste le qualificatif de « classique » ou « néoclassique », ce que l'on ne saurait contester. Mais il faut immédiatement ajouter qu'il est sans doute aujourd'hui le seul jeune réalisateur de sa génération qui puisse véritablement s'en prévaloir, là où tant d'autres se sont égarés dans les facilités d'une postmodernité à courte vue. Et cela fait toute la différence. La sienne, assurément.

    Ce 56ème volume de la revue Eclipses constitue la première monographie en français consacrée à l'oeuvre de James GRAY.

  • M. Night Shyamalan a connu un énorme succès public et critique avec Sixième sens (1999). Par la suite, Incassable (2000), Signes (2002) et Le Village (2004) sont venus confirmer cette revitalisation de l'écriture scénaristique hollywoodienne, en renouvelant notamment le principe du retournement de situation finale.

    Contre la tendance postmoderne à l'éclatement structurel, Shyamalan creuse les potentialités de la forme dramatique classique, dans un agencement original d'incidents qui en déploie les enjeux et la portée. L'idée maîtresse qui cheville l'oeuvre de Shyamalan réside dans le conflit ontologique de la Lumière contre les Ténèbres, décliné à l'infini, de film en film, entre la raison et les instincts, l'être et le néant, l'ordre et le désordre.

    Le sens du récit est toujours construit comme une sournoise progression de l'Ombre, jusqu'à un acte de foi, une révélation, qui emporte la victoire finale.

    Au moment où le cinéaste se livre pour la première fois à l'exercice du « cross over » avec Glass, annoncé pour 2019, à la fois suite de Split (2017) et d'Incassable, ce volume de la revue Éclipses propose de revisiter les différents aspects, tant thématiques que stylistiques, de cette oeuvre aussi protéiforme que passionnante.

  • Après des études de Lettres, Christopher Nolan réalise son premier long métrage, Le Suiveur (The Following, 1998) à 28 ans seulement. Ce petit film indépendant au budget très modeste, montre déjà le goût du cinéaste pour les récits non-chronologiques, qui ont fait depuis son succès, notamment Memento (2001) et Inception (2010).

    Avec sa narration à rebours et sa construction temporelle surprenante, Memento ouvre alors au cinéaste les portes de Hollywood. Il y réalise d'abord Insomnia (2002), un polar singulier produit par Steven Soderbergh et George Clooney, puis il passe aux commandes de la franchise Batman, dont il réalisera trois opus, Batman Begins (2005), The Dark Knight (2008) et The Dark Knight Rises (2012). Avec Christopher Nolan, la frontière entre le Blockbuster et le film d'auteur devient assez floue, dans la mesure où il parvient à combiner la puissance de la machine hollywoodienne avec les recherches les plus pointues du cinéma moderne européen, associant la force du divertissement avec une forme d'existentialisme qui porte sur les questions du rapport entre la mémoire et l'identité, de l'emboitement du passé dans le présent et du subjectif dans la réalité. Les questions existentielles que se posent les héros de ses films, de Batman à Interstellar (2014), sont pour le moins très inhabituelles dans le cadre de ce type de productions.

    Premier livre en français consacré au cinéaste, ce volume d'Éclipses examine en détails la totalité de la filmographie de Christopher Nolan.

  • En signant à 27 ans La Pointe-Courte (1955), Agnès VARDA s'impose comme une jeune réalisatrice soucieuse d'innovation esthétique comme d'indépendance économique. Avec ses amis de la Rive gauche (Alain Resnais, Chris. Marker, Jacques Demy) elle impose au cinéma français son tournant moderne, synchrone avec la Nouvelle Vague, quand Georges de Beauregard qui a produit Godard finance Cléo de 5 à 7 (1962).

    Basée dans la rue Daguerre, vagabondant entre les formes, les genres et les économies, Agnès Varda n'a jamais oublié qu'elle a été photographe du Festival d'Avignon et du TNP de Jean Vilar, tout en amorçant avec le tournant des années 2000, une carrière parallèle d'artiste visuelle. Elle alterne avec aisance courts (Salut les Cubains, 1963 ; Black Panthers, 1968) et longs (Le Bonheur, 1965 ; Sans toit ni loi, 1985), documentaires (Daguerréotypes, 1975 ; Mur Murs, 1982) et fictions (L'Une chante, l'autre pas, 1977 ; Documenteur, 1981), qui témoignent autant de ses engagements que des passions de toute une vie (Jacques Demy à qui elle dédie une trilogie inaugurée avec Jacquot de Nantes, 1991).

    Avec Les Glaneurs et la Glaneuse (2000), Agnès Varda réinvente sa manière avec le numérique sans céder sur son sens du coq-à-l'âne poétique et de l'acuité sociale, fait des farces à l'autobiographie (Les Plages d'Agnès, 2008), et récupère la pellicule de ses films pour en faire des cabanes de cinéma.

    Le volume 66 de la revue Éclipses montre qu'Agnès Varda aura travaillé plus de six décennies à faire coïncider bonheur et cinéma.

  • Personnalité mystérieuse et souvent controversée, directeur d'acteur exigent et réputé irascible, réalisateur ambitieux et constamment inventif, Henri-Georges Clouzot a bâti l'une des oeuvres les plus singulières du cinéma français. L'une des plus marquantes également, jalonnée de plusieurs succès publics éclatants (Quai des orfèvres, Le Salaire de la peur, Les Diaboliques, La Vérité), dont la modernité formelle impressionne toujours autant.

    À une époque où l'essentiel du cinéma hexagonal se contente trop souvent d'enregistrer platement des dialogues, Clouzot, lui, pense d'abord en termes visuels et fait de la mise en scène son souci premier. Drôle d'oiseau, donc, que le père du Corbeau : bien avant que la célèbre formule d'Alexandre Astruc ne serve de crédo aux jeunes «Turcs» de la Nouvelle Vague, Clouzot explore les ressources d'une «caméra stylo» émancipée des usages et des conventions, par laquelle il impose progressivement son style, sa vision du monde (souvent très noire) ainsi qu'une signature de plus en plus affirmée et aisément identifiable.

    Auteur avant l'heure, expérimentateur inspiré et infatigable, celui que la presse surnommait (à tort) «le Hitchcock français» compte assurément parmi les plus grands cinéastes de sa génération.

  • Depuis L'Amour (1990), son premier long-métrage, jusqu'à Amin (2018), en passant par Samia (2000) ou Fatima (2015), le cinéma de Philippe FAUCON accorde une place privilégiée aux personnages issus des minorités, qui atteste d'une réflexion citoyenne sur la vie de communautés bien souvent tenues en marge. Toutefois, la réalité sociale représentée dans ses films ne cède jamais à un quelconque militantisme démonstratif. Au contraire, les situations qu'il envisage sont saisies dans toute leur complexité et se développent parfois dans un réseau de paradoxes que le cinéaste n'entend surtout pas esquiver.

    Évoquant la guerre d'Algérie dans La Trahison (2005), s'intéressant très tôt à la montée du djihadisme en France avec La Désintégration (2011), filmant des homosexuels masculins et féminins (Sabine, 1992 ; Muriel fait le désespoir de ses parents, 1995 ; Les Étrangers, 1997 ; Fiertés, 2018), traitant de l'échec scolaire et de ses conséquences sur l'avenir (Grégoire peut mieux faire, 2002), le cinéma de Philippe Faucon envisage le réel non comme un état des choses mais comme un potentiel de modifications. Ce volume d'Éclipses revient sur l'essentiel de sa filmographie.

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